Information
Dans la peau de Lopez
Après quatre matches officiels disputés et un seul but encaissé, l’Espagnol s’affirme comme le gardien numéro 1 de l’OM. Il remplit les critères édictés par son coach. MATHIEU GRéGOIRE et VINCENT GARCIA (avec Ba.C.)
De Steve Mandanda, « l’idole », selon l’expression de Jorge Sampaoli, il est souvent question en ce moment. On scrute son visage, ses grimaces, ses sourires, jusqu’à sa position sur le banc. Dimanche dernier, lors d’OM-Rennes (2-0), après une sortie olé olé de Pau Lopez en seconde période, de la tête et loin de sa cage, le réalisateur de la rencontre n’a pu s’empêcher de basculer une de ses caméras vers la moue de Mandanda.
Elle était impassible, évidemment, à 36 ans, le capitaine de l’OM connaît trop les méandres de l’existence pour se faire piéger. Mais il faut laisser Mandanda tranquille. Se pencher sur Lopez, installé par Sampaoli depuis quatre rencontres, comprendre sa place de choix dans le système de l’Argentin.
La venue de Lopez, en juillet, est une idée de l’entraîneur des gardiens, Jon Pascua Ibarrola. Arrivé quelques mois plus tôt dans le nouveau staff, il a cerné les demandes de Sampaoli : un portier très actif, qui coupe la distance avec les attaquants adverses et joue haut, voire très haut, ne dégage jamais long. Pour concurrencer Mandanda, une volonté affichée à tous les étages du club, Pascua Ibarrola conseille un profil, celui d’un Espagnol qu’il a accompagné pendant la saison 2018-2019, lorsqu’il officiait au Betis. Lopez est alors en grande souffrance à l’AS Rome, où il était arrivé en grande pompe deux ans plus tôt, pour près de 23,5 M€. « En juillet 2019, ce n’était absolument pas une proposition ou un coup d’agents, nous confie un proche de la maison jaune et rouge. C’est l’un des premiers transferts de Gianluca Petrachi, tout juste nommé directeur sportif, son équipe de recruteurs le connaissait sur le bout des doigts, la partie technique avait été validée par le staff de Paulo Fonseca. »
“Il n’est pas en panique sous pression, ça correspond à ce que veut Sampaoli
Christophe Lollichon, responsable du département gardiens à Chelsea
À Rome, Lopez doit faire oublier le Suédois Robin Olsen. Il va vite déchanter. « Il a été fébrile dès le début et ses défenseurs ont fini par le lâcher, le critiquant derrière son dos », poursuit notre intime du vestiaire. Lopez se retrouve en ballottage avec le vétéran Antonio Mirante, plus sûr sur sa ligne, dans son jeu au pied et possédant une aura certaine.
Pas de quoi refroidir l’OM, qui espère le relancer via un prêt avec option d’achat, tout comme Cengiz Ünder, inclus dans le package. Blessé pendant l’été, au point que sa présentation à la presse, prévue début août, est reportée, Lopez revient sur les pelouses de la Commanderie en douceur et dans l’anonymat. Il connaît sa grande première à Monaco (2-0), le 11 septembre, à la surprise générale. Depuis, il a disputé quatre rencontres officielles et n’a pris qu’un but, à Moscou, contre le Lokomotiv (1-1).
Sampaoli tient sa position : tant qu’il assure, il restera numéro 1. « Je vais faire une réponse sincère, je n’ai pas envie de faire du politiquement correct aujourd’hui, a-t-il ajouté vendredi. On voulait juste tester Lopez, voir comment il s’adaptait au groupe, au système. Dans notre idée de jeu, le gardien est un joueur de champ de plus. C’est celui qui a le plus de temps pour faire la première passe. Des comparaisons peuvent être faites entre les deux gardiens. Elles dépendent aussi des résultats. »
Pour Christophe Lollichon, responsable du département gardiens à Chelsea, « Sampaoli a pris une décision forte, mais je suis agréablement surpris quand même. Ce n’est pas une mauvaise affaire. En L1, Lopez a largement sa place. J’avais l’image de lui à Tottenham mais il n’avait pas ou peu joué. Quand il a signé à Marseille, ça m’a intrigué, j’ai observé ses débuts avec l’OM. J’étais perplexe après Rome, mais de ce que je peux voir, c’est cohérent avec le jeu prôné. »
Toujours pointu, l’ancien mentor de Petr Cech détaille : « Ce n’est pas un géant, il fait 1,89 m, il a un gabarit léger, doit peser dans les 76 kg. Il est gaucher au pied, droitier à la main. Il a beaucoup progressé au niveau du jeu au pied et ça reste un gardien de l’école espagnole, très au fait sur ce sujet. Il n’est pas en panique sous pression, ça correspond à ce que veut Sampaoli. Il a devant lui des joueurs qui demandent le ballon aussi, ça fait la différence. Il va jusqu’à la limite, presque comme un libéro, il tente. J’ai bien aimé certaines intentions quand il sort très haut hors de sa surface et anticipe la profondeur, contre le Lokomotiv par exemple. En Italie, il ne le faisait pas parce qu’on ne lui demandait pas les mêmes choses. Après, il n’y a pas une grande différence avec Steve, qui a une grosse expérience et n’est pas maladroit au pied. J’ai un doute sur son explosivité en revanche, on verra si cela s’avère fondé, alors que Steve est un gardien explosif. Sur le but du Lokomotiv, ça manque de ressort. Dans le domaine aérien, il peut en faire plus, même s’il n’a pas eu énormément de situations. »
Lollichon conclut : « Je n’aime pas les histoires de numéro 1 bis. Et pas que pour les gardiens eux-mêmes. Pour les joueurs de champ, c’est important d’avoir des repères. » Dans l’esprit de Sampaoli, la hiérarchie est sans doute plus claire qu’on ne le pense et les centraux de l’OM vont apprendre à avoir Lopez dans la peau.
L'Equipe