Anigo: «J'ai un point commun avec Bielsa»
Chaque semaine, l'ancien directeur sportif de l'OM a carte blanche sur Francefootball.fr. Pour sa rentrée, il parle de sa sortie à l'Espérance de Tunis.
«J’ai peut-être un point commun avec Marcelo Bielsa. Comme lui, je ne vais pas voir la fin du Championnat de mon équipe. Je suis l’un des entraîneurs qui a dirigé le moins de matches cette saison. Mais il y a une petite différence tout de même avec Marcelo : moi je n’ai pas fait durer le suspense durant plusieurs mois et j’ai surtout eu la décence de prévenir mon président bien en amont. Avant même que le Championnat tunisien ne débute.
«On a oublié de me préciser que les meilleurs joueurs allaient partir...»
En fait, j’ai très vite compris que j’avais fait une erreur de timing en m’engageant avec l’Espérance de Tunis. J’ai peut-être été un peu naïf sur ce coup-là. J’étais tellement emballé par ce projet que j’ai foncé tête baissée en faisant confiance à tout le monde. J’ai voulu aller vite. Trop vite, sans doute, sans avoir eu toutes les réponses à mes questions. Ce n’est qu’une fois en place que j’ai découvert quelques petits mensonges par omission. On a, par exemple, oublié de me préciser que les meilleurs joueurs allaient partir… et que ceux que nous allions recruter ne pourraient être alignés qu’en Championnat qui débute ce samedi. Sauf que l’Espérance était engagée en Coupe de la Confédération africaine, l’équivalent de la Ligue Europa, dès le mois de juin. Dans ces conditions, pas facile d’exister, surtout face à des formations comme Al-Ahly (EGY).
Je me suis aussi petit à petit rendu compte que le manager ne me tenait pas au courant des mouvements. Sur les onze arrivées intervenues durant mon séjour, je n’ai été alerté au préalable que pour une seule ! Le ratio n’est pas terrible, hein ?
Il a fallu également que j’explique assez vite au directeur sportif, viré par le président quelques semaines plus tard, que s’il voulait faire l’équipe, il allait falloir qu’il vienne faire les entraînements à ma place !
Attention, je ne fuis pas non plus mes responsabilités. J’assume mon échec. Avec deux victoires et quatre défaites, je sais parfaitement que mon bilan sportif n’a rien de fulgurant. Seulement, la prochaine fois que l’on me vendra un projet, et j’espère bien qu’il y aura d’autres prochaines fois, je me rendrai sur place pour lever les doutes et les approximations. Ça vaut mieux pour tout le monde et ça évite les mauvaises surprises.
«Je me suis longtemps surestimé en pensant que je pourrais dissimuler tout ça dans un coin de ma tête»
Mais je dois cependant avouer que ce ne sont pas mes difficultés sportives qui m’ont conduit à quitter aussi rapidement l’Espérance. Un événement m’a fragilisé plus que je ne l’aurais cru.
À la suite de l’attentat de Sousse (occasionnant la mort de 39 personnes en juin dernier), ma femme et ma fille, qui étaient venues me rejoindre sur place à Tunis, ont pris peur et ont décidé de revenir s’installer à Marrakech. Je me suis vite aperçu que ça ne le ferait pas. Je n’ai pas supporté cette solitude. C’est là que je me suis rendu compte que le traumatisme lié à la disparition d’Adrien (son fils, assassiné à Marseille en septembre 2013) est encore profond.
Je ne supporte plus de me retrouver éloigné des miens. Même si je ne voulais pas me l’admettre au début, les cicatrices sont encore béantes. Je me suis longtemps surestimé en pensant que je pourrais dissimuler tout ça dans un coin de ma tête. En fait, une fois seul, tout est revenu à la surface. Je me suis dit que la Tunisie avait beau être un pays magnifique et les gens souvent adorables, ça m’était devenu insupportable.
Quand j’en ai parlé au président, au début, il ne me croyait pas trop. Pour lui faire comprendre, j’ai dû faire le boycott d’une séance d’entraînement pour qu’il réalise vraiment que ce n’était pas du cinéma.
Même si l’expérience a été assez brève avec L'Espérance, on va dire qu’il s’agit de mon premier échec d’entraîneur 
. C’est le métier qui rentre… Maintenant, j’aimerais bien trouver une sélection ou un projet en France. Mais loin de la Provence. Pas besoin de vous expliquer pourquoi...»