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RFI : José Anigo, vous voilà donc à la fin de votre aventure avec l'Espérance. C'était une séparation à l'amiable ?
José Anigo : Plus qu'à l'amiable. Si je dois partir, il me reste encore un match, en accord avec le club et le président. On doit se retrouver après le match face à Al Ahly. C'est une décision mûrement réfléchie. Je sais l'attente ici autour du club, le président, les supporters... Ca me fait bizarre. Mais il y a plein de raisons. Il y a des raisons familiales... (il souffle) Dans la vie, il faut faire des choix, c'est compliqué.
Qu'est-ce qui n'a pas marché ?
Je ne dirais pas que ça n'a pas marché. C'est un club en reconstruction quasi-complète. C'est un club avec un immense passé, connu sur le continent comme l'un des meilleurs. Et c'est le cas. C'est une grosse structure, avec un président très droit, très honnête, qui met beaucoup de moyens à disposition du club. Mais on est dans une phase de transition aujourd'hui. Il faut apprendre à reconstruire. Il faudra peut-être encore un peu de temps pour que l'Espérance puisse reconquérir le continent. Ce ne sera pas très long mais il faudra un an, un an et demi... Il faut du temps pour rebâtir. Mais, ici, c'est comme à Marseille, du temps, on n'en a que très peu. C'est une équipe jeune, avec une moyenne d'âge entre 18 et 21 ans. 85 à 87% de l'équipe avait moins de 21 ans, sans expérience, sans vécu. Il faut tout réamorcer, tout réapprendre.
Ce sont les résultats qui vous ont poussé à jeter l'éponge ?
Pas tellement les résultats, non. Sur nos quatre défaites, quand on va à Al Ahly pour le premier match, je me suis retrouvé sur le banc par défaut. Il fallait un entraîneur mais je ne connaissais pas les joueurs, je ne connaissais pas l'équipe. C'était l'aventure. Je ne connaissais même pas les prénoms des joueurs... Après, sur les autres matches, contre l'Etoile du Sahel, on fait de belles choses et on ne mérite pas de perdre. Pareil contre le Stade Malien. Je ne suis pas inquiet même si il y a eu des défaites. Il y a de multiples raisons et la raison, c'est l'arrivée des joueurs. Vous savez, quand on vous donne une équipe à construire, normalement, on vous donne le choix. Là, il y a 10-12 arrivées et il y en a bien dix que je ne maîtrisais pas. Certains sont arrivés sans initiative de ma part. Quand on construit une équipe, on étudie les profils, il faut savoir ce que l'on veut. Là, on se retrouve avec 32 joueurs et beaucoup qui, selon moi, n'ont pas la capacité pour mettre ce maillot de l'Espérance.
Quel est votre avenir maintenant ?
Je n'ai plus envie de me projeter. Je ne sais pas... On va attendre le match contre Al Ahly et je vais me donner trois ou quatre jours pour réfléchir. Je vous l'ai dit, je vais revoir le président. J'ai beaucoup d'affection pour lui mais je n'ai aucun projet. Sauf celui de retrouver ma famille.
Interrogé sur son avenir avec l’Espérance, le technicien français a dit « j’ai un long entretien avec le Président Hamdi Meddeb que je salue par ailleurs pour ses extraordinaires qualités humaines et ses connaissances sportives, c’est rare d’avoir comme interlocuteur comme lui ; et je lui ai expliqué que je ne pouvais plus continuer. Je regrette parce que l’Espérance est un très grand club qui comptera beaucoup pour moi, et je suis certain qu’elle reviendra au-devant de la scène, mais je dois quitter le club non sans regret. »
José Anigo a souligné aussi « je dois dire que je n’ai pas pu valider tous les recrutements, j’ai trouvé les joueurs sur place et j’ai travaillé avec ceux qui étaient à ma disposition. Les seuls recrutements que j’ai validés sont ceux de Ben Youssef et de Sissokho. Je pense et je souhaite quand même que ce groupe a de la qualité mais il doit sortir de ce cercle vicieux des défaites. Cela devrait venir, et je le souhaite le plus vite possible. »