Information
Le lundi, c’est mutinerie ? Ce 31 mars, sur
les hauteurs de Marseille, la Commanderie
a été le théâtre d’une scène rare, un intense
moment de défiance entre un coach et son
groupe de joueurs professionnels. En début
d’après-midi, se disant dégoûté par l’atti-
tude générale, Roberto De Zerbi a expliqué
à son vestiaire : « Je ne vous entraînerai pas
aujourd’hui. »
Face à cet abandon, et à une séance lais-
sée aux soins d’un staff pléthorique, le ves-
tiaire a décidé, collectivement, de ne pas
chausser les crampons : « On n’ira pas sur le
terrain alors. » Les minutes se sont écou-les, Medhi Benatia s’est pointé pour déminer la situation. Le dialogue avec les joueurs a duré près d’une heure. Le directeur du football a demandé aux Olympiens
de respecter leur mission, deux jours après la claque reçue à Reims (1-3), d’être à la hauteur des investissements consentis pour les rémunérer et les accompagner au quotidien.
Les joueurs ne se sont pas défilés, interpellant Benatia sur son parcours dans des grandes institutions (AS Rome, Bayern, Ju-
ventus...), lui demandant s’il avait déjà connu un coach se comportant ainsi dans des clubs d’un tel standing. Et que si De Zerbi ne souhaitait pas les accompagner la semaine, il pourrait aussi ne pas
s’asseoir sur le banc, le week-end, en toute logique. Ils ont dénoncé une certaine hypocrisie, ce côté « grande famille » quand les résultats sont bons, qui contraste avec la vindicte populaire réservée aux joueurs à chaque contre-performance. « Face à ce
Reims, avec votre niveau et l’équipe alignée, vous auriez dû gagner, même sans entraîneurpour vous diriger », a insisté le médiateur Benatia. Les joueurs se sont finalement entraînés en fin d’après-midi, et De Zerbi(45 ans) était sur le pré, à quelques dizaines
de mètres, froid comme une lame, même
avec ses adjoints de toujours.
Depuis son arrivée à l’OM, l’Italien pratique
un management émotionnel, alternant la
carotte et le bâton, se qualifiant de père de famille tantôt fouettard, tantôt aimant.
Après la désillusion à Reims, il a décidé d’une mise au vert à la Commanderie, leur répétant qu’il serait le seul décideur au quotidien. Ce qui était déjà le cas, comme l’ont noté certains joueurs. Dimanche, dans
le vestiaire, outre ses cibles classiques Luis Henrique et Mason Greenwood, il a assaisonné Pol Lirola, déjà dans son collimateur pendant la première période, les deux hommes s’engueulant copieusement. En
substance, De Zerbi a dit au latéral espagnol : « Personne ne voulait de toi dans ce club l’été dernier. J’ai été le seul à croire en toi. Et tu me remercies en défendant comme cela ? »
Ce dimanche a été marqué par le visionnage en équipe de Toulouse-Brest (2-4), pour étudier le TFC, futur adversaire de l’OM ce week-end, et les joueurs ont été autorises à quitter les lieux à 20 h 30. En privé, sans esclandre, certains joueurs de confes-
sion musulmane ont regretté de ne pas avoir pu célébrer l’Aïd-el-Fitr, la fête qui marque la fin du mois de ramadan, auprès des leurs.
La famille, il en a été question lors d’un échange glacial. « Moi, je ne vois jamais ma famille. Donc, vous n’allez pas voir les vôtres non plus », a expliqué De Zerbi. « Sauf que pour lui, c’est un choix », a soupiré un cadre auprès de son entourage. Lundi, la situation
a basculé dans l’irrationnel quand De Zerbi a trouvé certaines attitudes trop décontractees à la cantine, notamment celle de LiRola, reprochant les sourires épars. « Vous voulez me faire échouer ? Alors on va échouer tous ensemble », a pesté le coach, des pro-
pos rappelant sa sortie à chaud après la dé-
faite contre Auxerre (1-3), le 8 novembre.
Des différences de traitement qui ne passent pas
« Vous m’avez humilié, vous avez humilié no-
tre club devant notre public, avait-il crié ce soir-là, en substance. Vous avez manqué de couilles ! » Et il avait visé Leonardo Balerdi, capitaine « sans couilles » et pourtant désigné comme son meilleur défenseur cinq mois après, à Reims, samedi. Ainsi est De
Zerbi, passionnel, excessif, tendu comme un arc. Il n’a pas tant varié, si l’on se souvient des propos vexants ciblant Lilian Brassier à l’automne, ou Ismaël Koné : le Canadien et son coach ont failli en venir aux mains, un
jour d’énième remarque. La semaine pré-
cédant le Classique (1-3), mi-mars, il a arrêté deux entraînements au bout de quinze minutes, renvoyant le groupe se rhabiller.
Mais la réception du vestiaire à ses messages, elle, semble avoir changé, les coups de bâton déréglant des têtes déjà lourdes après la mauvaise série sportive.
Les propos d’Adrien Rabiot, samedi, à Reims, étaient censés prévenir une certaine désunion dans l’équipe. « Il reste sept matches, il faut savoir ce qu’on veut faire, si on veut aller en Ligue des champions, déclarait le milieu des Bleus. Moi, je suis venu pour ça. Si d’autres n’ont pas envie, ils doivent le dire
avant les matches et laisser d’autres jouer. »
En interne, certains se sont interrogés
quant à l’impact du mercato hivernal sur l’équilibre du vestiaire, ou sur les différences de traitement, Pierre-Emile Höjbjerg obtenant ainsi une dérogation, lundi, pour se rendre à un dîner à l’Élysée, siégeant à la
table d’honneur aux côtés du roi du Danemark Frederik X, en visite officielle, et d’Emmanuel Macron – un déplacement prévu de longue date. La décision de De Zerbi de ne pas les entraîner aura au moins eu un effet, celui de souder ses joueurs contre lui, mo-
mentanément.
10 Vendredi 4 avril 2025 | L’ÉQUIPE