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Marcus Thuram L’attraction d’En Avant
Le jeune attaquant guingampais est l’arme fatale des Bretons pour atteindre leurs deux objectifs : le maintien et la finale de Coupe de la Ligue. Texte Cédric Chapuis
« Il nous a mis la misère. » Ne vous fiez pas aux termes employés, l’éloge vient bien d’un vieux briscard. Secoué par la performance de Marcus Thuram le 12 janvier malgré le succès de ses Verts (1-0), Jean-Louis Gasset s’est enflammé pour l’attaquant guingampais après le match, lui prédisant même « un grand avenir ». « Franchement, ça va devenir un grand joueur. » Depuis quelques mois, l’ancien Sochalien épate les entraîneurs de L1, de Thomas Tuchel (« Il va vite, il est endurant, dribble bien et est bon dans le jeu aérien ») à Julien Stéphan (« C’est un joueur déterminant, décisif, qui fait partie de ceux qui font gagner leur équipe et créent du danger »). Dès sa deuxième saison parmi l’élite, le fils du champion du monde 1998 est devenu un joueur qui attire l’œil. Et pas seulement en raison des six lettres floquées au dos de son maillot.
« quel que soit l’adversaire, il peut l’éliminer »
Auteur de cinq buts lors de ses soixante-dix-sept premiers matches pro l’été dernier, il en a déjà inscrit dix en vingt et un matches cette saison toutes compétitions confondues ! Preuve que le jeune homme de vingt et un ans a ajouté à sa palette de provocateur-perforateur une efficacité bienvenue. Parce que jouer bien, ce n’est pas seulement jouer beau. « Il n’était pas obsédé par le but, mais il a compris qu’un attaquant est jugé là-dessus », note Éric Hély, l’un de ses formateurs dans le Doubs. « Au regard de ses qualités et de son potentiel, il nous laissait un peu sur notre faim, abonde son ancien sélectionneur des U18 aux U20 Ludovic Batelli. Dans quelques années, on ne se souviendra plus de ses gestes techniques, mais de ses stats. Il a opéré une vraie mutation à ce niveau. » Un constat qui s’étire d’ailleurs au-delà de la finition. Thuram a ainsi doublé son nombre de dribbles réussis d’une saison à l’autre (3,4 par match, contre 1,8 en 2017-18). Idem dans le domaine aérien (4,2 duels gagnés par match, contre 2 l’an passé). Bref, s’il reste évidemment perfectible, le natif de Parme a appris à utiliser de la meilleure façon ses deux principales qualités, à dompter ce « mélange étonnant de puissance et de finesse », dixit Stéphane Carnot, responsable de la cellule de recrutement de Guingamp. « On a senti qu’il commençait à passer un cap en fin de saison dernière et il a confirmé, poursuit ce dernier. Il a pris conscience que, quel que soit l’adversaire en face de lui, il peut l’éliminer. » Mis en confiance par ses entraîneurs successifs à l’EAG, Antoine Kombouaré puis Jocelyn Gourvennec, Marcus Thuram s’est développé, étoffé, affirmé. « Malgré sa carcasse (NDLR : 1,92 m, 88 kg), il avait tendance à se faire bouger, reprend Batelli. Mais, aujourd’hui, il se sert davantage de son corps, qui est un formidable atout. Parce qu’il a la chance, pour un joueur de ce gabarit, d’être rapide et véloce sur les premiers mètres. » « C’est sa grande force, les défenseurs n’ont pas l’habitude, appuie Marvin Géran, ancien coéquipier en formation à Boulogne-Billancourt et à Sochaux. En général, les attaquants type Hoarau ou Balotelli jouent beaucoup avec leur corps, leur puissance, alors que Marcus possède une technique et une vivacité rares. »
« Son père est beaucoup derrière lui »
À vrai dire, jouer de son physique imposant plutôt que de sa technique surprenante n’intéressait pas vraiment Thuram junior jusqu’à il y a peu. Pourtant, son gabarit et l’imaginaire collectif avaient amené ses premiers éducateurs à Boulogne-Billancourt à le cantonner aux tâches obscures. Ce qui fait sourire ceux qui l’ont côtoyé par la suite. Car Marcus Thuram a toujours cherché, inconsciemment ou non, à se démarquer de l’image paternelle. Lilian était un destructeur ? Lui serait un esthète. « Il était toujours dans la fantaisie, sur le terrain comme en dehors, avec ses coupes à la Pogba », se marre Géran. « Il aime le foot, il aime le jeu, c’est facile de travailler avec lui, lâche Éric Hély. C’est quelqu’un d’insouciant, de joyeux, qui apporte de la vie à une équipe. » Une personnalité enjouée dont il ne s’est jamais détaché, malgré les clichés qu’elle pouvait véhiculer. « Parfois, les qualités peuvent devenir des défauts, et on pouvait avoir l’impression qu’il prenait tout à la rigolade, confirme Ludovic Batelli. Il ne faut jamais le lâcher, mais il est tellement attachant... Il y a quelque temps, il n’était pas encore assez “tueur” dans sa tête, parce qu’il s’amusait. Il s’est rendu compte que le foot est un jeu, mais avant tout son métier, et qu’il fallait être acteur de sa performance. » Il est un peu plus facile de mûrir, aussi, lorsqu’on peut compter sur la présence régulière d’un père à la carrière colossale... et aux débriefs sans concession.
« Il ne se cache jamais »
« À l’époque, Marcus n’aimait pas trop ça, rappelle Marvin Géran, mais son père est beaucoup derrière lui, lui parle beaucoup. Et quand un joueur avec un tel palmarès te conseille, t’épaule, c’est forcément bénéfique. »
Conditionné dès ses premiers pas dans le football aux exigences du haut niveau, surtout avec un tel patronyme, Marcus Thuram dissimule presque naturellement son caractère affirmé derrière son éternel sourire. « Il ne faut pas se fier aux apparences, éclaire Hély, quand la compétition arrive, il est présent ! Il a toujours pris ses responsabilités dans les grands rendez-vous, ça l’a toujours stimulé. » Comme pour guider Sochaux à la victoire en Gambardella en 2015, avec deux buts en demies face au PSG (3-1) et un autre en finale contre Lyon (2-0). Ou plus récemment, lorsqu’il a fallu, malgré un échec quelques minutes auparavant, transformer un penalty synonyme de qualification au Parc des Princes, en quarts de la Coupe de la Ligue (2-1). La pression ? Connais pas. Même pas celle d’une demi-finale de Coupe de la Ligue face à Monaco, ce mardi. « Rien ne peut l’atteindre, on a l’impression que tout glisse sur lui comme l’eau sur les plumes d’un canard », résume Batelli. « Faire ce qu’il fait dans une équipe en difficulté, et à son âge, c’est très fort, poursuit Géran. C’est le leader de l’équipe ! Il a toujours eu ça en lui. » Pas facile, pourtant, d’incarner un rare motif d’espoir dans un collectif en galère. « Il ne se cache jamais, apprécie Stéphane Carnot. Malgré ou grâce à son jeune âge, il joue son jeu sans se poser de questions par rapport à la situation du club. » Le public du Roudourou, lui, s’en est posé, alors que la période de mercato a fait surgir une liste de prétendants prestigieux (Manchester United, Tottenham, Arsenal, l’OM…) pour son numéro 21. « Thuram à Guingamp ! » s’est égosillé le kop breton au début du mois. « Je ne vois pas pourquoi je partirais pour l’instant », a sobrement répondu l’intéressé. Avec le sourire, forcément.
Delio a écrit:Samatta on n’était pas dessus?
boodream a écrit:randoulou, je pense au contraire qu'il est encore accessible, contrairement par exemple à Saint-Maximin devenu inabordable. Le truc c'est que ça ferait un troisième ailier gauche dans l'effectif pour combler le départ du seul ailier droit.
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