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Vous avez réussi des débuts tonitruants sur le banc de l’OM contre Troyes (6-0). Si vous deviez garder une image de cette première soirée, quelle serait-elle ?
Celle du cinquième but. Mes joueurs s’embrassaient et les supporters le célébraient enfin dans les tribunes après deux mois durant lesquels ils ont vécu dans l’incertitude.
Après le match, vous avez insisté sur l’ambiance du stade Vélodrome. Vous a-t-elle impressionné?
Le football, ce n’est pas seulement une profession. Il y a beaucoup de choses autour. Quand ceux qui se disent professionnels ressentent des émotions, c’est parce que l’atmosphère est bonne. C’est un régal de jouer au Vélodrome.
Comme le Real Madrid que vous connaissez très bien, l’OM fait partie de ces clubs où l’environnement est unique. Faut-il un caractère spécial pour y évolueren tant que joueur ouentraîneur?
Oui. L’histoire est remplie de grands joueurs ou entraîneurs qui ont réussi ailleurs. Mais une fois dans ces clubs, la passion, la pression, la tension influent sur eux et cela les rend bons ou mauvais. C’est fondamental de bien connaître le terrain où on arrive... Quand j’ai signé, on m’a énormément parlé de la pression qu’il y a à l’OM. Effectivement, je la ressens. Mais c’est un carburant pour moi. Non seulement, elle ne me surprend pas, mais j’en ai besoin ! Comme joueur, entraîneur ou personne, je ne pourrais pas vivre dans un endroit sans la passion qui m’entoure.
Après Getafe, Séville et Olympiakos, l’OM est le quatrième club que vous prenez en cours de saison. Ce rôle de pompier de service vous plaît ?
(Rires) Chaque fois, j’ai débarqué dans une situation très limite... Ça m’importe peu, ça me plaît bien. C’est simplement une porte différente pour entrer dans un lieu.
Quand vous étiez joueur, l’OM a remporté la Ligue des champions en 1993. Quels souvenirs en gardez-vous ?
Je m’en rappelle très bien. Barthez, Sauzée, Desailly, Boli, Boksic, Di Meco, Pelé... Il y avait tellement de grands joueurs. J’ai profité d’eux comme fan de foot et j’ai souffert contre eux en sélection... Papin notamment !
À l’époque, on vous considérait comme un coach sur le terrain.Embrasser cette carrière était une vocation ?
Quand je jouais, j’étais un peu entraîneur. Et maintenant, je suis un entraîneur qui vit comme un joueur. C’est ce mélange qui fait que je ne ressens aucun effort à faire ce métier qui n’en est pas un pour moi.
Les anciens grands joueurs disent toujours que la vie de footballeur est la plus belle...
Totalement. Mais celui qui a la passion va le plus loin. Quand je suis arrivé au Real Madrid, à douze ans, je trouvais que tous mes coéquipiers étaient meilleurs que moi. Mais mon cœur était plus grand que le leur. Eux se sont arrêtés pour diverses raisons pendant que moi j’avançais. Chaque jour, je me répétais que si je voulais rester au top, il fallait que mon cœur soit toujours aussi grand. Aujourd’hui encore, je conserve cet état d’esprit. C’est fondamental de continuer à penser comme un enfant ! Je vis tout ça comme un cadeau.
J’aimerais que les gens sachent à quel point ma famille a été heureuse de ma venue à l’OM et de cette première victoire. Ce n’est que le début mais on se régale.
Quels entraîneurs vous ont inspiré ?
Tous mes coachs m’ont appris quelque chose. Ceux que j’ai aimés et ceux que j’ai moins appréciés. De ces derniers, je suis parti à l’opposé (sourire) ! J’ai eu beaucoupde chancecarj’ai vécules évolutions des méthodes d’entraîneurs. Sur le plan physique, tactique... En Espagne, il y a eu un changement social, générationnel, politique, économique mais aussi sportif.
Vous avez été consultant durant une dizained’années.Qu’avez-vous retenude ce passage dans les médias ?
J’ai compris ce dont les médias avaient besoin. Parfois, les entraîneurs affichent un visage différent de ce qu’ils sont vraiment et à mon sens, ce n’est pas bon. À la télé, j’ai côtoyé José Angel de la Casa qui est un peu le Thierry Rolland espagnol (Michel était consultant auprès de ce journaliste avec lequel il commentait les matches de la sélection pour TVE1, ndlr). C’est un mythe. Je le considère comme un autre entraîneur de ma carrière. Avec lui, j’ai appris sur les médias. On dit que je suis à l’aise devant la presse mais c’est parce que j’ai vécu avec eux pendant huit ans. De toute façon, c’est une sorte d’aller-retour permanent. Le coach est sincère envers le journaliste au même titre qu’un journaliste doit l’être avec lui.
Est-ce important dans votre métier?
C’est fondamental. Quand j’ai rencontré M. Labrune pour la première fois, je lui ai dit que je ne commandais que dans le vestiaire. Même pas sur le terrain car là, ce sont les joueurs. Et dans le club, je suis un employé de plus
Même si je n’avais pas voulu faire cette interview, je comprends que le club ait besoin de communiquer une image auprès de ses supporters. Je me sens bien quand les gens me remercient dans la rue. Je suis étonné, c’est moi qui les remercie de leur accueil.
Qu’avez-vous appris de votre échec au FC Séville, le seul dans votre parcours de technicien ?
On peut penser que c’est un échec. Mais, auparavant, vous disiez que j’arrivais comme un pompier. Et bien, parfois, les flammes t’atteignent aussi. Même de très bons pompiers peuvent rester dans la maison en feu... Il faut l’accepter. J’exige énormément en privé mais vous ne me surprendrez jamais à critiquer mes joueurs. Je ne parlerai jamais des arbitres, ni des entraîneurs adverses. Parfois, même quand tu fais les choses bien, tu ne gagnes pas car l’adversaire est en compétition aussi. Au FC Séville, je suis arrivé dans un club en transition. Comme aujourd’hui à l’OM. À Getafe, quand j’ai pris l’équipe, elle était relégable. Ils ne savaient plus à quel Saint se vouer ! On s’est sauvé et l’année suivante, on a fini 6e et européen avec le même effectif. Mais pas grâce à moi. Simplement parce que les joueurs avaient compris qu’ils pouvaient y parvenir. L’entraîneur est comme un père de famille. Il faut qu’avec un simple regard, les joueurs sachent ce qu’il veut.
En parlant de père, vous avez perdu le vôtre durant les négociations avec l’OM. Quel rôle occupait-il à vos côtés?
(Ému) Si José Angel de la Casa a été mon dernier entraîneur, mon père a été le premier. Avant et après le match contre Troyes, j’ai eu une pensée pour lui car il n’a pas vécu ça avec moi. Il est décédé au deuxième jour de discussion avec M.Labrune. C’est un hasard mais ça booste d’une certaine manière...
Vous êtes le 3e entraîneur espagnol de l’OM après Luis Miro dans les années 1960 et JavierClemente en 2000-2001...
(Il coupe) J’espère durer plus qu’eux! Plus sérieusement, c’était une autre époque. Je respecte tous les entraîneurs mais aujourd’hui, le technicien espagnol est une référence en Europe. On a une bonne méthode. Elle a été influencée par divers horizons mais on a notre personnalité. De l’extérieur, on voit un style mais il y a un travail, une discipline. On accorde beaucoup d’importance àla construction du jeu mais aussi au relationnel. Avant, on voulait tous être des sergents! Mais ça ne marche plus ça. Désormais, on est plus des caporaux. Ça crée un climat avec les joueurs. Ils savent qu’on est amis, qu’on collabore mais, au final, je dois prendre des décisions.
Avant de signer à l’OM,avez-vous discuté avec Pierre Issa,ex-Olympien qui fut votre directeur sportifà l’Olympiakos?
On s’est envoyé des messages mais je n’ai pas parlé avec lui durant les discussions. En revanche, quand on était en Grèce, on a beaucoup échangé sur l’OM. Avec Fabio Celestini (connu à Getafe, ndlr) aussi. Avant d’y signer, j’avais l’impression de connaître le club. Je suis nouveau physiquement, mais pas dans la tête.
Vous avez découvert un jeune président avec Vincent Labrune. Comment ça se passe entre vous ?
Tous les présidents sont passionnés par leur club. Ils veulent le meilleur pour lui. Ça leur plaît de participer. J’ai toujours eu de bonnes relations avec mes présidents. Je suis naturel avec lui car je ne suis pas un acteur. On parle sans cesse, tous les jours. Tant que j’ai du temps pour mon travail.
Il souhaitait absolument engager un coaché tranger. Savez-vous pourquoi ?
Ah bon? En 1998, tous les clubs voulaient des Français. Aujourd’hui, on veut des Allemands. C’est en fonction du Mondial! La vérité, c’est que les entraîneurs européens sont très bons. La théorie des entraîneurs nationaux s’est écroulée en même temps que le mur de Berlin. Je vois des bons coachs dans tous les pays. Mais en fait, c’est surtout plus facile quand tu as de bons joueurs. Par exemple, avant Troyes, j’ai donné trois consignes à Lass’ (Diarra). Il en a fait dix fois plus! Les gens pensent que j’y suis pour quelque chose, mais c’est lui qui connaît le jeu. Moi, je transmets mes idées mais lui capte tout et met en application. Il a réussi 100% de ses passes mais surtout influencé le jeu à 200%. Quand je l’ai sorti, c’était pour le ménager mais surtout pour montrer aux gens que c’est lui le joueur qu’on aime.
Dans votre système, l’organisateur c’est donc Lassana Diarra?
Oui, mais il aura besoin d’être épaulé. Il faudra le préserver. L’équipe doit apprendre à évoluer de différentes façons tout en conservant son style de jeu. Il me faut quatre ou cinq joueurs de ce niveau, pas forcément de son âge mais de sa connaissance du jeu. Steve Mandanda, mon capitaine, en fait partie.
Ces éléments seront forcément des recrues?
Non! Certes, on attend des renforts. J’ai surtout besoin d’éléments utiles. Car si tu n’as que 17 joueurs, tu alignes toujours les mêmes. Avec quatre compétitions, tu dépenses beaucoup d’énergie. Avecmoi, tout lemonde participe. Regardez les stats dans mes anciens clubs, chaque joueur a du temps de jeu. Évidemment, il y a un onze qui se dégage mais tous auront l’occasion de se planter (sic). Histoire que je ne sois pas le seul à me tromper. (Rires)