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La Provence - L'HISTOIRE; Le président imprudent, le flic pressé et le préfet abasourdi...
C'est l'une des tares de cette ville : le mélange des genres. Ce que les Parisiens appellent la "bouillabaisse marseillaise". Les petits arrangements, les relations souvent borderline, voire complètement au-delà de la ligne jaune, avec en point de mire l'intérêt commun - pas vraiment public, nuance - des parties, souvent sur fond d'argent et de pouvoir. Ce sont nos confrères du Canard Enchaîné, dans leur édition d'hier, qui ont jeté un pavé dans la mar...mite de l'OM.
Flashback. Nous sommes le 22 septembre dernier. Le préfet de police, Laurent Nuñez, a rendez-vous pour déjeuner à La Commanderie avec le président Labrune, histoire de "recadrer" le club sur la sécurité, quelques jours après un OM-Lyon chaud bouillant. Cela tombe bien, le président a une nouvelle recrue à lui présenter. L'homme, qui devra s'occuper des relations avec les groupes de supporters, est désigné comme "issu du ministère de l'Intérieur" ! Et là, après quelques bavardages, c'est le choc. Un détail éveille l'attention du préfet, pas vraiment habitué à patauger dans ce genre de marécages. Il apprend, entre le plat de résistance et le dessert, que la recrue en question est un officier de police, toujours en poste, au sein de l'Office central de lutte contre le crime organisé de Nanterre. Un office qui a notamment en charge les affaires corses et celles de... l'OM !
Le préfet indique "cash" au président que ce recrutement est plus que "bancal", frôlant même la correctionnelle, et au major Yannick H. qu'il ferait bien de rédiger illico presto un rapport à sa hiérarchie - à laquelle il avait certes demandé (mais pas encore obtenu) une période de disponibilité - qui n'était pas au courant de la nature de son nouveau métier.
Deux jours plus tard, Labrune passait un coup de fil au préfet, lui indiquant que la collaboration s'arrêtait là. Et le "flic" rentrait dans ses pénates à l'OCLCO. Sans procédure disciplinaire depuis. "Il a été très maladroit, pas fin, il a clairement mis la charrue avant les boeufs, puisqu'il a accepté ce poste sans être libre côté police, indiquait-on hier en haut lieu policier. Mais il n'y a pas de suite, puisqu'à ma connaissance il n'y a pas de conflit d'intérêt à ce qu'un policier intègre le privé à partir du moment où il n'a pas enquêté sur ladite société ou qu'il n'a aucun pouvoir sur elle." C'est là où le bât blesse car, selon nos informations, Labrune et sa recrue se seraient connus au beau milieu d'une procédure judiciaire visant l'OM... Allez, vous reprendrez bien un peu de bouillabaisse ?
La réponse de Vincent Labrune : "En vue de l'Euro-2016, la vacance du poste de directeur de la sécurité (Guy Cazadamont est pourtant toujours directeur de la sécurité et de l'organisation, ndlr) nous a obligés à ouvrir une réflexion sur la réorganisation de la sécurité au stade. C'est dans ce cadre, en toute transparence et dans le respect des règles déontologiques, que nous avons sollicité et suivi l'avis négatif du Préfet des Bouches-du-Rhône, et celui de nos avocats Mes Pierre Haik et Sébastien Shapira, sur le possible recrutement d'un fonctionnaire de police."