Comme en 2004, le directeur sportif a accepté l'intérim. Quitte à se contredire (1). A l'entendre, ce n'était pas prémédité : "Si j'avais dû choisir de redémarrer comme entraîneur, je n'aurais pas choisi de commencer par Dortmund, Lyon, Toulouse et Bordeaux avec autant de blessés et de suspendus."
Ce soir, il s'assiéra donc dans le fauteuil de celui avec lequel il travaillait main dans la main. "Elie a fait du bon boulot. Sa situation est devenue compliquée parce que les joueurs n'avaient pas fait ce qu'il fallait", a-t-il précisé hier, comme pour mieux cerner les responsables du limogeage. Supporter du club depuis toujours, éducateur au centre de formation, entraîneur de l'équipe réserve qu'il a menée au titre de champion de France de CFA en 2002, adjoint de Tomislav Ivic, puis numéro 1 de l'effectif pro finaliste de la Coupe de l'UEFA 2004, l'ancien latéral droit de l'époque des Minots (1979-1987) y a quasiment joué tous les rôles. Sauf ceux de médecin - un diplôme est indispensable - ou de président.
Mais à quoi bon, puisqu'il a toujours fait partie de la garde rapprochée de ceux qui occupaient le poste... Parfois, il a dû faire le grand écart pour résister aux tumultes de la vie olympienne. Ce fut le cas en 2009. Après avoir juré qu'il suivrait Pape Diouf s'il était débarqué, il devint l'un des plus proches collaborateurs de son successeur, Jean-Claude Dassier, quelques semaines plus tard.
Et cette fois, a-t-il agi dans l'ombre ? Stade Parsemain, à Fos-sur-Mer, la semaine dernière. Seuls quelques observateurs ont été autorisés par la Ligue à assister au derby corse frappé d'un huis clos. Accompagné d'un des intendants qu'il a placés auprès du groupe professionnel, Anigo revient sur la cruelle défaite de l'OM, la veille, à Lille (0-1). "Un de nos meilleurs matches cette saison, assure-t-il alors, optimiste. Le Championnat est encore long et l'on n'a rien à envie à Lille. On peut revenir."
En off, il soutient Baup, clairement. A-t-il tenu le même discours à Labrune, quarante huit heures plus tard après le nouveau revers à domicile face à Nantes (0-1), fatal à l'entraîneur ? C'est lui qui a été nommé. Il ne pouvait pas dire non, selon la thèse de Labrune. "Vincent m'a expliqué que j'étais salarié du club, que je n'avais pas le choix, que, dans l'urgence, je devais prendre l'équipe, confirme Anigo. Avec ce que j'ai pu traverser dans ma vie personnelle depuis quelques mois, j'ai toujours trouvé le club à mes côtés. Il était logique de répondre à cette attente."
"Peut-être qu'aujourd'hui, je suis meilleur qu'avant"
Dans la tempête, Labrune et Anigo parlent d'une seule voix. Leur relation s'est solidifiée au gré des épreuves. Quand Anigo se fâche avec Didier Deschamps à l'automne 2011 (2), il prend sur lui-même et s'écarte de la vie du groupe pro pour faciliter la vie du jeune président, qui n'a pas envie de trancher. Quand une grosse poignée de supporters manifestent au cours de l'automne 2012 pour remettre en cause leur gestion et demander leur démission, ils font front commun. Quand, au début de l'année, le Parisien et RMC publient des écoutes téléphoniques mettant Anigo en difficulté, Labrune ne l'accable pas. C'est bien plus qu'un patron qui soutiendra le directeur sportif après l'assassinat d'Adrien, son fils, le 5 septembre dernier.
Après une parenthèse d'une quinzaine de jours auprès des siens, Anigo a retrouvé l'OM, son club, sa bouée. dans les coulisses du groupe pro, comme c'était à nouveau le cas depuis le départ de Deschamps. Aux yeux cernés de Labrune, sa connaissance de l'effectif actuel constitue son principal atout. "Il y a un problème d'implication général mais on a tout entre les mains pour faire une belle saison, prétend Labrune. N'en déplaise à certains, on a un effectif de qualité, qui a terminé 2e la saison dernière, qui n'a connu aucun départ et a été renforcé par 6 joueurs. On a du talent, du potentiel, mais peut-être pas une exigence suffisante au quotidien pour qu'ils se matérialisent."
Celui à qui Margarita Louis-Dreyfus a confié la gestion directe du club en juin 2011 s'en remet donc à Anigo pour créer un électrochoc. Ses coups de gueule, davantage que ses choix tactiques, ont forgé sa légende. est-il encore dans le coup ? Si l'on excepte le remplacement de Jean Fernandez (suspendu) à Saint-Pétersbourg (1-1, le 16 mars 2006), son dernier passage sur un banc remonte à novembre 2004.
Il avait démissionné après une défaite de trop contre l'Ac Ajaccio (0-2). Cette longue absence ne l'effraie pas : "C'est comme le vélo. Quand tu sais en faire... L'avantage, quand tu as du temps, c'est de pouvoir voir ce qui se passe ailleurs. Ce que je savais avant, je le sais. Peut-être qu'aujourd'hui, je suis meilleur qu'avant."
Si ce n'est pas le cas, il prendra à nouveau du recul. Entre son successeur et Labrune. A l'OM, Anigo semble plus que jamais intouchable.
Raphaël Raymond
(1) "Oui, j'entraînerai, mais plus jamais l'OM. Entraîner l'OM, ce n'est pas pour celui qui est né ici" déclarait José Anigo le 28 janvier 2013 dans L'Equipe.
(2) "Ca suffit de toujours se prend pour Caliméro", avait notamment déclaré Anigo, qui visait indirectement Deschamps, après la victoire face à l'Ac Ajaccio (2-0). Le directeur sportif avait écopé officiellement d'une sanction par Labrune, sans qu'on en connaisse les détails.