source: sofoot
Albert Emon : Thiriez sur le pianiste !
lundi 24 septembre 2007
A prendre au conditionnel ! A l’heure où vous lirez ces lignes, Albert Emon ne sera peut-être plus le coach de l’OM. Une erreur de casting évidente, relevée dès sa nomination en juin 2006, à la place de Jean Fernandez. Albert, le brave gars que tout le monde adore et qui adore son club (il dort en pyjama siglé OM). Albert qui osait jouer avec quatre attaquants,. Snif. Au cas où la sanction tomberait et en attendant son successeur, retour sur un échec programmé, révélateur du fameux « contexte marseillais » (You know what ? Louis Acariès is back in town !) et révélateur d’une L1 devenue marâtre impitoyable.
Décembre 73, Albert marque pour ses 20 ans son premier but chez les pros de l’OM. But superbe qu’un journaliste de L’Equipe qualifie de but d’anthologie. Albert va trouver le journaliste et lui dit sans animosité : « Ce n’est pas “Anthologie” qui a marqué, mais c’est moi, Albert Emon ». Vers la même époque, lorsqu’il touche sa première fiche de paye de footeux, on lui explique le principe des charges sociales retenues liées au « plafond de la sécurité sociale », Albert se fâche : « Et pourquoi ça serait à moi de payer ces travaux-là pour le plafond ?! » Authentique (France Football du 8-12-2006)
OK, le procédé n’est pas très sympa.
Plus sérieusement : « Je suis peut-être un intrus en L1, ou quelqu’un qui a dix ans de retard dans son approche. Mais c’est vrai que lorsque je rêve, ce n’est pas de gagner un match, mais encore de marquer un but. Je me considère comme un joueur-entraîneur ». (France Football du 8-12-2006)
Mardi 18 septembre 2007, fin du match OM-Besiktas. Samir Nasri raconte son corner sur le poteau qui a permis à Rodriguez de planter : « A la mi-temps, Albert nous avait dit de profiter du Mistral sur les corners. Ils nous a demandé de frapper fort devant le but pour que le vent rabatte le ballon vert le but !... »
Voilà, en un résumé saisissant, toute la science tactique du bonhomme. Le genre “d’insuffisances” qu’on pourrait multiplier à l’infini. Samedi, contre Auxerre, c’est Lorik Cana qui a pris en charge l’organisation tactique d’un OM déjà mené 2-0 à la pause.
Ce n’est un secret pour personne : avec Emon, les entraînements light à la Commanderie (toros, oppositions classiques, ...) annonçaient en germe tous les errements tactiques de l’OM sur le terrain. Rien à voir avec les séances interminables de placements-déplacements-replacements coordonnés que Goethals imposait aux Olympiens, fût-ce en plein cagnard. Trop léger tactiquement, Albert.
Autre indice qui d’ailleurs ne trompe pas : depuis qu’il était sérieusement menacé, les joueurs avaient promis de tout faire pour « sauver Albert ». Mauvais signe : c’est souvent la preuve que les joueurs s’accommodent d’un coach pas très exigeant, avec lequel on ne souffre pas trop. N’est-ce pas les Parisiens, qui avaient juré de « sauver Lolo » (Fournier) quand la venue de Guy Lacombe (réputé plus “hard”) se manifesta ? On s’étonnera enfin des limites physiques d’un groupe qui a presque toujours peiné à jouer 90 minutes au taquet.
Ancien attaquant lui-même, volontiers porté sur le jeu offensif qu’il rêvait d’offrir au Vélodrome, en souvenir des années de gloire, Bébert n’a pas su trouver le juste équilibre entre une bonne base défensive et une attaque pourtant non pourvue de bons éléments. Or, c’est bien à ce précieux équilibre qu’on reconnaît les bons coaches. Avec, globalement, un effectif pas crade du tout depuis qu’on lui avait confié l’équipe, combien de fois l’OM a pris l’eau ?
OK, on objectera qu’Albert n’avait pas la main sur la gestion complète du groupe, chapeauté par un Anigo omniprésent, notamment sur le recrutement (Moussilou, c’est José !), qu’il y a eu des départs préjudiciables (Ribéry), voir mal gérés (Lamouchi, Pagis ou Beye, joueurs pourtant de qualité), qu’il y a un « contexte marseillais » particulier fait de pressions permanentes et d’obligations immédiates de supers résultats, etc, etc. Albert Emon a tout simplement été victime des classiques jeux de pouvoirs complexes de l’OM où, grosso merdo, on recherche des coaches qui ne fassent pas de vagues, dociles et pas ramenards. On comprend les réticences d’un Didier Deschamps, jusque-là toujours peu enclin à s’engager dans un club « compliqué » où il n’aurait pas le rôle de manager général.
Albert était en sursis permanent, contesté dès le départ. Il n’avait dû son maintien qu’au parcours en Coupe de France et à la miraculeuse deuxième place qualificative en C1, à la fin de la saison dernière.
Et c’est là qu’on touche le fond du problème : la dévaluation maintenant incontestable du championnat de France, qui remonte à la saison passée. Dans un “vrai” championnat, Albert Emon n’aurait jamais pu être coach de l’OM parce que dans un “vrai” championnat, on ne peut pas finir 2ème avec 12 défaites (voir aussi Toulouse, 3ème avec 14 défaites !).
La réalité de notre championnat gélatineux, c’est le triomphe du relativisme. Hormis Lyon, aucune hiérarchie durable au sommet : Nantes est tombé, Paris et Monaco ont sombré, Lille et Lens se sont écroulés, Bordeaux et Rennes n’ont pas tenu la distance. Un leader (OL), trois ou quatre clubs qui marnent dans la zone dangereuse, et tout le reste, soit 15 clubs, qui végètent dans le ventre mou : on peut gagner une douzaine de places, voire plus, en gagnant trois fois, performance qu’on observe d’ailleurs de moins en moins en L1 à cause d’une inconstance générale incroyable (voir Rennes qui musarde encore, comme la saison passée, avec sa défaite 0-2 à dom contre Sochaux, hier). Rien à voir avec les championnats étrangers (Allemagne, Angleterre, Italie, Espagne) qui se sont achevés au finish, au suspens, avec plusieurs clubs engagés pour le titre et pour les places européennes. Tout le contraire de la L1, avec un Lyon sacré en octobre 2006 et des clubs devenus sur la fin “européens par défaut”.
Hormis l’OL (sacrément plombé quand même après sa déroute au Nou Camp), la L1 n’est plus qu’un catalogue de “noms” : OM, PSG, Monaco, Lens, Lille, Auxerre. Des pseudos “locomotives” qui peinent à justifier leur standing. Reste Bordeaux, qui doit encore confirmer et les “petits”, Nancy, Valenciennes, Le Mans, qui malgré toute l’estime qu’on leur accorde, profitent logiquement du nivellement par le bas. La force des Nancéiens, c’est entre autres mais avant tout leur combativité de tous les instants, un engagement qui disparaît en L1. On l’a vu avec Lyon à Barcelone, formaté à son tour “L1”, c’est-à-dire incapable de tenir 90 minutes, comme avant (l’OL a pris deux buts dans les dix dernières minutes, là où autrefois, il portait le coup de grâce à ses adversaires français ou continentaux).
Le LOSC est devenu un peu le club étalon de la L1 : sans génie, appliqué, volontaire au point de souvent ouvrir le score mais trop limité au point de se faire “toujours” remonter : 9 matches, 5 fois 1-1. Lille est 14ème, à neuf points du leader Nancy, soit à trois victoires. La L1 ou la Villa Sam’suffit.
Voilà. “L’erreur Albert Emon”, ce ne sont pas ses mauvais résultats actuels mais plutôt le contexte qui a présidé à sa nomination (des présidents de L1 avides de pouvoir qui choisissent des entraîneurs effacés, qu’ils peuvent brider) et à son maintien aussi prolongé (une L1 moyenne où un coaching défectueux et des mauvais résultats n’empêchent pas la montée sur le podium).
Danton parlait de la Révolution qui finissait par dévorer ses enfants. La L1 gélatineuse est en train d’engluer ses clubs, ses coaches. Outre Albert Emon à l’OM, pour ne parler que des “grands clubs”, quid de la situation de Paris, Monaco, Rennes, St Etienne, Lille et de leurs résultats en dents de scie ? La situation est tendue, palpable. Jean-Marc Furlan parlait du spectacle des matches de L1 « propre à vider les stades » (France 2 Foot).
Enfin, détail révélateur qui est presque passé inaperçu : l’entrevue Thiriez-Sarkozy, vendredi, à l’Elysée.
Le président de la LFP lui a parlé de « la situation économique du football professionnel ainsi que les enjeux financiers et sportifs » de la négociation des droits TV. Le chef de l’Etat s’est montré « très sensible aux préoccupations du président de la Ligue ».
Pour demander audience au Président de la France, il fallait vraiment que Fred Thiriez soit très inquiet sur le financement à venir du foot pro : il est donc allé plaider sa cause comme un simple leader syndicaliste du monde agricole, victime de la sécheresse. Ca sent le “secteur économique sinistré”. La semaine où les clubs français n’ont plus fait illusion en Coupes d’Europe.
Chérif Ghemmour
PS : La France est championne du Monde de pétanque. Albert est fana de boules et de belote.
Le début est consternant ...