par 320cds » 23 Mar 2025, 23:03
Les amateurs de bricolage auront lu mes aventures dominicales dans le topic « question à la con ». Ce weekend magnifique avait en fait démarré en fanfare dès le samedi.
A la manière de Georges Lucas, en toute simplicité, je vais donc vous conter un épisode 2 antérieur au 1, à l’américaine.
Doté à la fois d’un bon pouvoir d’achat et du corps d’un homme de 75 ans, je joue au golf. Avec des amis, dans un golf privé un peu chicos-qu’on-peut-y-jouer-de temps en temps par un plan, la pote qui a fini le parcours avec nous et qui a mieux joué que nous décrète qu’elle nous offre les consos. Bon proche du bar, elle décide de ranger d’abord son charriot à Ouarzazate. Evidement je paie la tournée, on n’est pas des mouches. Tout va bien, on a échappé tout juste au début d’un orage de sa mère, on retourne au parking, on remet des chaussures non crottées de boue et on se prépare à mettre les voiles.
En plus des nombreux nuages encombrants le ciel, un autre me trotte dans la tête : je suis parti à l’arrache, comme d’hab et je sais qu’il me reste 20 km d’autonomie. Mon home sweet home étant à 25 km, il faut que je m’occupe du sujet. Le golf est dans le trou du cul du monde, j’ai une carte essence Total fournie par ma future ex entreprise, pour cette voiture. Je sais que mon trajet habituel ne comporte pas de station de cette merveilleuse entreprise, si soucieuse du bien commun.
Je suis certes né sous Giscard, mais je reste jeune dans la tête, la preuve, je sais ce que veut dire « le j c’est le s », et je sais différencier McFly de Carlito. Je trouve un autre itinéraire qui ne rallonge pas trop, incluant à 11km une station Total. J’y arrive détendu mais en lisant 999999 sur les prix de l’essence, synonyme de pénurie, je me dis « aie, ça pue du cul » .
Je reste calme, pour le moment, consulte la merveille de technologie qui me sert de temps en temps à téléphoner (vous avez remarqué que quasiment plus personne ne tient son téléphone comme on tenait les anciens combinés ? Le micro au niveau de la bouche et l’écouteur au niveau de l’oreille. Par applaudissement, qui se met toujours en mode haut parleur ?). Je trouve une station Carrefour à 2 bornes, 9 moins 2 égale 7, je peux le faire. J’y arrive, j’me dis, car j’suis un gars formidable, j’vais en profiter pour faires quelques courses, même si je n’ai aucune idée du bled dans lequel je me trouve. Et vas-y que je prends du poulet fermier, du chocolat, des crêpes toutes chaudes issues d’une animation Bretagne qui régaleront les enfants, et même un superbe calendrier One Piece, oui je sais, je les gâte trop.. Pas un légume, on est bon.
Je dépose tout ça sur le tapis de caisse, je mets la main à la poche et évidemment, je ne trouve pas mon porte-carte. Je m’excuse auprès de l’hôtesse de caisse (que les électeurs de Trump appellent « caissières », ces salauds) et lui dit que je cours à la voiture chercher mon précieux.
Evidemment, je me tords en 2, en 3, en 4, avec la lampe torche du téléphone, rien, nada, nothing, zobi. Je reviens m’excuser auprès de la demoiselle, qui semble habituée aux crétins et qui me dit « c’est pas grave monsieur, on va s’amuser à tout remettre en rayon, et les steaks hachés faits pour vous par le boucher, on va les recoller. Baltringue ! »
Je me regroupe pour une conférence express avec moi-même : priorité, comprendre ou est ce putain de porte carte qui contient 3 fois rien : 150 € de cash, mes 2 cartes bancaires, ma carte vital, mon permis, ma carte d’identité, les codes de l’arme nucléaires du Burundi…
J’appelle le golf, fermé. J’appelle ma pote qui est membre, pour lui demander si elle a le 06 du barman ou d’un salarié. Elle met 10 minutes à comprendre mon histoire et l’expliquer au fur et à mesure à son mari à côté, qui ne m’entend pas, pour me dire finalement « non ». Je suis passablement énervé.
Via l’appli, j’active l’option « bloquer la carte » option qui m’aurait été tellement utile à chaque fois que j’ai perdu un portefeuille, plutôt que de faire à chaque fois opposition. La force de l’expérience.
Bon, seconde priorité, j’ai 7km d’autonomie et autant d’argent dans les poches qu’Elisabeth Levy en sortant de la foire du vin. 2 solutions, soit appeler mon éternelle fiancée, pour venir avec son covid, sa mauvaise humeur, sous l’orage avec la nuit qui tombe, me dépanner de quelques euros. Laisse tomber la neige, examinons l’option 2.
Je reconsulte mon appareil magique, miracle : il y a une autre station Total à 4.6 km. Sur le papier ça passe. J’appelle d’abord, histoire de vérifier que ce commerce destiné accessoirement à vendre de l’essence en plus de mars et de sapins odorants, n’est pas en rupture. Cela ne répond pas. Cela me casse les couilles.
J’appelle la station qui était à sec, pour leur demander leur avis, le gus me dit « Chantereine ? c’est sur qu’ils en ont. Si eux en n’ont pas… ». Bon je fais all in, j’y vais, sous un torrent de pluie, au point qu’un voyant orange s’allume pour me dire que le détecteur de collision ne peut fonctionner dans ces conditions. J’arrive, en roulant en mode gentillet, ils sont achalandés. Ouf. La Kia annonce 2 km d’autonomie.
Je mets ma carte Total dans la fente, et non, je ne ferais pas de blague graveleuse, pas la peine d’insister.
« Service non disponible ». Dans ces moments-là, j’arrive à trouver des ressources inexplicables, une résilience, et j’arrive à en rire. 3 secondes hein. Je retente mais en mode sans contact. Pour être clair, ces cartes ne marchent normalement pas en sans contact. Cela a marché, la main de dieu.
Une fois le plein fait, le petit diable sur mon épaule me dit, rentre, prends un bain, prends soin de toi, il est tard et c’est le déluge. Le petit ange, que je déteste, je l’appelle même « l’autre merde », me dit gnagnagna, c’est sur il est tombé par terre sur le parking quand tu changeais de chaussures, t’es souple comme une clé à molette, il doit être en train d’être submergé par les eaux, vas’y petit pédé (il est homophobe en plus, étonnant étant donné qu’il n’a pas de sexe, donc non genré, donc woke normalement).
Je décide de repartir dans l’autre sens, sous les éclairs et proche de l’aquaplaning, direction le parking du club. Le plan ? Me garer devant la barrière forcément fermée (qui ressemble à celle des passages à niveau), mettre les pleins phares et essayer de voir s’il est quelque part par terre, là ou je m’étais garé. Il fait nuit, pleut à torrent et l’objet et noir mais j’y vais, je ne suis pas raciste. Evidemment après 20 minutes, j’arrive devant un portail de 3m de haut, fermé. Il y a même des pics sur le dessus, à croire qu’ils me connaissent.
Je suis donc rentré bredouille et les enfants dégoutés : ils voulaient les crêpes.
Epilogue : j’ai appelé le lendemain, appuyé sur 5 pour être mis en relation avec le restaurant, expliqué, attendu que la dame aille regarder, elle l’a. Ma pote qui habite proche de chez moi devait y retourner ce dimanche, elle aurait pu le prendre et je l’aurais récupéré chez elle. Mais finalement elle n’y va pas.
Je me suis donc retapé 1H aller-retour + les courses dans un autre Carrefour.
Pas de crêpes ici, mais j’ai trouvé une plaquette de chocolat Feastable. Pour les vieux c’est le chocolat de Mister Beast. Pour les très vieux Mister Beast est le youtubeur N1 au monde. Dans quelques plaquettes, il y a un ticket qui est une invitation tout payée aux US pour tourner dans une vidéo à la con de l’autre débile, qui n’hésite pas dans ses jeux à distribuer des 100 000$ comme Clément Turpin distribue des cartons jaunes aux joueurs marseillais. Cela a fait marrer mes ados qui m’ont dit que s’il y a le ticket (autant de chance que de gagner au loto), ils seraient trop timides et pas assez cons pour y aller. N’ayant plus rien à perdre et rompu aux humiliations, je leur ai dit que je me dévouerais le cas échéant. Une source de nouvelles aventures.