Information
Il est venu au rendez-vous presque à reculons, avait serré les dents lors de la séance photo précédant l'interview. Trois-quarts d'heure plus tard, il ne voulait plus partir et avait passé un coup de fil à l'un des intendants du club pour l'alerter de sa présence au centre Robert Louis-Dreyfus et le prévenir qu'il souhaitait jouer les prolongations. Hier, Henri Bedimo avait des choses à dire. Par pudeur, le latéral gauche de 32 ans, qui vit une saison difficile écornée par deux blessures, livrera le fond de sa pensée un peu plus tard. D'autres priorités guident ses pas. Auparavant, il entend relever le challenge européen proposé en cette fin de saison et accrocher la 5e place. Cet éternel optimiste y croit dur comme fer et lorgne déjà avec gourmandise vers la saison prochaine, lui qui est sous contrat jusqu'en 2019. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir le coeur gros, d'être meurtri par les vives critiques qui s'abattent sur lui. Et d'être animé par un esprit de revanche qui, promet-il, lui permettra de se surpasser.
Quels souvenirs gardez-vous de vos trois saisons au TFC de 2003 à 2006 ?
Henri Bedimo : Il y en a énormément. J'ai trouvé un groupe très jeune, avec beaucoup de joueurs ayant la même mentalité que moi et un coach (Érick Mombaerts) qui m'a permis de terminer ma formation. Cette ville m'a beaucoup apporté professionnellement et humainement.
Avez-vous des regrets ?
Un peu, oui. À ce moment-là, je voulais être pro, mais je n'avais pas toutes les armes pour "performer". Je n'étais pas assez agressif, je m'appuyais sur mes qualités sans aller chercher au plus profond de moi. J'avais faim mais je ne le matérialisais pas sur le terrain. C'est mon seul regret car j'avais tout pour m'épanouir dans un environnement sain. Je suis parti au bon moment. Me connaissant, j'allais commencer à m'impatienter.
Que reste-t-il, aujourd'hui, du Henri Bedimo de Toulouse ?
Ma joie de vivre. Pour le reste, je n'ai plus rien à voir. Je suis plus mature, j'ai plus faim. Il fallait que je quitte mon cocon toulousain. Mon passage au Havre m'a ouvert les yeux. Le Havre, c'est la jungle. Humainement, c'était dur. Je n'ai jamais trouvé ma place dans le vestiaire, le groupe était déjà constitué. Je n'ai pas adhéré à la mentalité qui y régnait.
Pouviez-vous vous imaginer, plus tard, dans un club comme l'OM ?
Je n'imaginais pas faire une telle carrière. Signer pro était déjà une victoire, une réussite. Je ne pensais pas avoir un tel statut ni un tel vécu.
Cette saison, vous avez été blessé deux fois, aux ischios puis au genou. Comment avez-vous vécu ces périodes ?
C'était difficile. Dans ma carrière, c'est la première fois où j'ai du mal à m'exprimer et que je loupe un début de saison qui, pour moi, est primordial et conditionne tout le reste. C'est là où je m'arme pour la saison. J'essaie de rattraper, l'enchaînement des matches m'aide. Quand on revient d'une longue blessure, il y a des périodes où on se sent très bien et derrière, on a un contrecoup. Je le prends en considération et j'avance.
Laquelle vous a fait le plus de mal ?
Celle au genou. J'ai un style de jeu athlétique, quand tu n'as pas une bonne préparation, tu le payes cash à un moment donné. Les ischios, ça arrive ; avec un bon renforcement, ça repart. Le genou, c'était difficile. J'ai voulu revenir plus tôt, ça m'a pénalisé et fait repartir pour presque un mois car ça n'avait pas cicatrisé. Je ne m'étais jamais fait opérer jusqu'ici.
OM : trophée UNFP, Thauvin, Pastore et Mbappé en lice
Le sort semble s'acharner...
Je crois au destin, mais je ne suis ni négatif ni pessimiste. Je loupe aussi un titre de champion d'Afrique (sa blessure l'a amené à déclarer forfait pour la dernière CAN). C'est une blessure intérieure. Quand une carrière s'arrête, on retient les titres. Il était dit que mon palmarès ne devait pas avoir cette ligne-là. C'est comme ça, il faut avancer. Ce n'est jamais facile car, sans la blessure, j'y étais. La blessure m'a aussi fait louper le début de saison avec l'OM alors que j'aspirais à être l'un de ceux qui impulsent quelque chose pour ce nouveau départ.
Vous parliez de votre joie de vivre, mais on a plutôt l'impression que vous vous êtes refermé. La faute aux blessures ? Aux difficultés de cette saison ?
C'est pour autre chose, ça. On m'avait averti. Il faut bosser, fermer sa bouche et les résultats parleront à ma place. J'ai trouvé que c'était différent, je n'ai pas trouvé ça correct.
À quoi faites-vous référence ?
Certaines critiques ont été... (Il se reprend) Certaines conclusions à mon égard n'ont pas été correctes. Je me suis dit que j'allais me taire pour revenir en pleine forme. Mais cela m'a peiné. Quand tu y accordes trop d'importance, ça te tétanise. À un moment donné, je m'exprimerai plus en profondeur sur le sujet.
Beaucoup estiment que vous n'avez plus le niveau pour la Ligue 1. Que leur répondez-vous ?
Sans compter le précédent exercice qui était particulier parce que j'étais en fin de contrat, j'ai quasiment fait une trentaine de matches lors de mes trois dernières saisons et toujours disputé les matches importants. Ma première partie de saison à l'OM ne correspond pas à mes espoirs, mais on ne peut pas prévoir les blessures. En pleine possession de mes moyens, j'ai et j'aurai toujours mon mot à dire en Ligue 1, à ce poste. Je suis tributaire du collectif, je suis un animateur de couloir, il faut trouver les complémentarités. Vu le début de saison, c'était compliqué. Mes performances remettront certaines choses à l'endroit, j'y tiens.
OM : examens pour Machach
C'est une question de fierté ?
Je veux remettre les pendules à l'heure dès cette fin de saison. Aujourd'hui, on est un peu dans l'urgence après avoir loupé trop de points, on doit donc être efficaces et aller à l'essentiel : la 5e place. Tout le reste sera secondaire. J'ai signé parce ce que je croyais au projet. Je vois que les propos de l'ancien président (Vincent Labrune) se confirment, quelque chose est en train de se passer. Je ne regrette pas. OK, ma première année est un peu compliquée, mais vous verrez une tout autre personne et un tout autre joueur lors des deux prochaines années.
Où en êtes-vous physiquement ?
Je vais de mieux en mieux. Ce n'est pas encore ça mais je retrouve de bonnes sensations. Je suis sur la bonne voie mais je ne suis pas encore le Henri qui a débuté une saison avec tout le peps possible. Les supporters n'ont pas encore vu mon vrai visage, c'est logique.
Avez-vous douté quand Patrice Evra a débarqué en janvier ?
C'est une bonne chose, au contraire. Parce que c'est un personnage, que c'est bien pour la L1. Dans un grand club, il faut doubler les postes et on ne le fait pas avec des joueurs moyens. Chacun grattera son temps de jeu en cette fin de saison. L'an prochain, il y a aura plus de matches, les cartes seront distribuées naturellement. Le plus important, c'est que la concurrence soit saine.
Comment ça se passe entre vous ?
Normalement. On se parle, on s'entend bien. Il vaut mieux deux joueurs de caractère que des timides. Quand quelque chose ne va pas, je le dis avec mes mots. Il est pareil. Le respect est mutuel, il n'y a pas de souci. La saison prochaine, ce sera bien.
Vous vous projetez déjà ?
Vous ne pouvez même pas imaginer à quel point. Je n'aime pas rester sur des choses inabouties. J'ai envie de continuer. Je n'ai pas signé pour faire de la figuration, ni pour faire une seule saison. Sinon j'aurais rejoint le club que je venais de visiter (Fenerbahçe, selon nos informations). Je connais la L1, j'ai pris goût aux compétitions européennes. Je veux y regoûter.
L'OM peut-il garder la cinquième place ?
Déjà, on l'a. C'est une chance malgré nos faux pas et les jokers brûlés. Maintenant, il faut la garder et prendre conscience des choses importantes. On doit arrêter les belles paroles mais se retrousser les manches. Je suis sûr et certain qu'on sera européen.
Après la déculottée contre Paris (1-5), vous vouliez "tout casser". Ça vous est souvent arrivé ?
À l'OM, oui. C'était plus dur que ce que je pensais. On avait trop de retard sur le plan collectif, on ne pouvait pas rivaliser. À un moment donné, il fallait changer des choses, il y avait trop de problèmes sportifs et extra-sportifs. Gérer tout cela et se concentrer uniquement sur le terrain étaient un peu compliqués. Je me disais que demain serait meilleur. Vu notre début de saison et ce qu'il se passe actuellement, qu'on le veuille ou non, on a redressé la barre.
"En 2003, je devais déjà venir à l'OM..."
Comment aviez-vous atterri à Toulouse, en 2003 ?
Ce n'était pas ma destination de départ, je devais aller à l'OM. (José) Anigo m'avait fait une proposition pour intégrer les moins de 19 ans. J'étais venu visiter les installations. Anigo m'avait préparé une belle journée, avec Salomon Olembé qui était venu m'accueillir. J'avais passé la matinée avec lui. Anigo avait fait un beau speech. Il n'y avait pas eu beaucoup de choses négatives ! Je devais retourner à Grenoble pour mon déménagement. Puis (Érick) Mombaerts (entraîneur du TFC) m'a appelé sur le chemin du retour. J'ignore toujours comment il a eu mon numéro ! Il a insisté pour que je vienne à Toulouse visiter le club. Avec Grenoble, on venait de jouer contre le TFC au Stadium, en Gambardella. Concours de circonstances, nos deux milieux relayeurs étaient suspendus. J'avais dépanné à ce poste et rendu une bonne copie. La différence s'est faite sur le contrat. Le TFC en proposait un meilleur, ainsi qu'une meilleure visibilité dans le temps. L'OM voulait que j'intègre l'effectif de la réserve avant de postuler à m'entraîner avec les pros ; Toulouse m'offrait un an de contrat stagiaire plus trois ans pro derrière, et je m'entraînais avec l'équipe première dès mon arrivée. Par politesse, j'ai appelé Anigo pour le prévenir. Il a compris.
L'OM et vous, c'est donc une vieille histoire...
Si les gens savaient... Il y a eu plusieurs rebondissements. La deuxième fois, avant que je ne quitte Lens pour Montpellier, l'OM m'avait aussi approché et il y avait un quasi-accord. Mais encore une fois, je n'avais pas assez de visibilité, Montpellier, qui venait de faire une belle saison, me proposait plus de temps de jeu. La troisième fois, c'était lors de mon passage de la Paillade à Lyon. Je n'avais pas donné suite car l'OL jouait le tour préliminaire de Ligue des champions.